Œuvre commentée : « Trafalgar », 1930, huile sur toile, 114 x 146 cm.

Signée et datée en bas à droite : Lurcat, New York 1930 (Denizeau 1998, 1930-85, p. 374)
Paris, Fondation Jean et Simone Lurçat, FL.P.543

1930-1931, époque des marines étendues a perte de vue, qui portent pour titre : Tempête, Mâts et Voiles, Chantier naval, La Naissance du voilier, La Bataille navale, L’Armada, Trafalgar, pic de l’inflation picturale où une clientèle exigeait chaque matin un peintre nouveau et chaque semaine un maître. André Lurçat surélève d’un troisième étage l’atelier primitif de son frère. Jean Lurçat dispose désormais d’un espace isolé de la partie habitation, une véritable cage de verre, équipée de rideaux qui permettent de contenir la lumière du jour à volonté, et d’une petite terrasse qui surplombe l’impasse de la Villa Seurat. Il y peint de jour ou de nuit sur des toiles en général de grand format qu’il reprend en série. André Kertész vient l’y photographier.
Le thème est encore moins gai ; on n’y trouve que des mers apaisées après le naufrage : enchevêtrements fantaisistes d’épaves, de mâts, de voiles déchirées ou secouées par le vent certains évoquent l’ombre du gibet ou de la guillotine. Une harmonie d’horizons surbaissés où s’entrechoquent les contraires, des verticales, des diagonales.
Quand Lurçat est amené à racheter un tableau présenté et produit semble-t-il à New York en 1930, il le décrit ainsi dans son inventaire 1935-1936 au feuillet 16 : "Une peinture à l’huile 145 x 114. 3 mats avec voiles gonflées ou déchirées. Cordages en fouet. Grand soleil bleu sur mer bleue à droite. Nombreux nuages à reflets : rose. Ciel bleu". Peint à New York en 1930. Exposé à Prague en avril 1938. Son titre est Trafalgar : une défaite navale napoléonienne ne peut que flatter une clientèle dont le chic est le flegme anglo-saxon, et qui est réputée pour son goût des "seascapes" et des "waterfronts". J. Catesby Jones, un avocat américain, collectionneur et ami intime de Lurçat, revendique de l’avoir baptisé. Il se souvient : "Plus tard, en visite à New York, il [Lurçat] était impressionné par la violence du vent qui soufflait pendant la majeure partie du printemps. Dans ses peintures apparaissaient des mâts et des voiles, des voiles gonflées par le vent. Sur La Bataille de Trafalgar figurent les nombreux mâts des navires naufragés de Trafalgar, jonchant la mer, et l’ensemble évoque la désolation qui a suivi cette noble bataille. La désolation semblait à ce moment-là occuper toutes ses pensées, mais il ne pouvait pas s’empêcher de l’extérioriser avec toute la beauté qu’il pouvait lui conférer en la peignant. Sur chaque tableau qu’il peignait, on observait des variations de lumière, de couleur, de composition. Chaque tentative représentait une impression nouvelle et son pinceau se promenait sur la toile suivant l’impression fugace du moment. Il ne s’arrêtait jamais de chercher, essayant encore et encore de trouver la technique satisfaisante pour exprimer ses idées" (1).

Ch. D.

I. Catesby Jones Collection, a catalogue which incorporated The Collector’s Observation Bequeathed,

21 décembre 1946, to the Virginia museum of Fine Arts.